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Prix Bayeux Calvados des correspondants de guerre 2018

lundi 12 novembre 2018, par Anne Vallée, Françoise Desdevises.

Du 8 au 14 octobre s’est déroulé le 25e Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre. Comme 2900 élèves de 77 établissements normands, les élèves de 2 A et de 2 TFCA ont participé au prix des lycéens et apprentis.
Ils se sont rendus à l’IUT de Saint-Lô pour visionner dix reportages, de 3 à 7 minutes, dans la catégorie télévision, puis voter pour l’un d’entre eux, avant de s’entretenir avec un reporter de guerre, Philippe Randé.

Munis d’une grille d’évaluation, ils ont tout d’abord réfléchi aux qualités des différents reportages présentés selon les critères suivants : intérêt, cohérence, qualité technique, coup de cœur. Les sujets des reportages se rapportaient aussi bien aux conflits du Moyen-Orient (Syrie, Irak, Afghanistan, Yémen), qu’à la vente d’esclaves en Libye, aux élections au Mexique sur fond de corruption et de guerre des gangs, ou aux Rohingya.
Deux reportages ont particulièrement retenu l’attention des élèves : la famine au Yémen et surtout les enfants-soldats de Daesh. C’est ce dernier qui a remporté le Prix des Lycéens, le samedi suivant, à la plus grande satisfaction des élèves qui avaient voté pour lui.
L’après-midi s’est poursuivie avec l’intervention du reporter de guerre Philippe Randé, qu’il est possible d’écouter sur France Inter.

 Philippe Randé a précisé qu’il n’existait pas de reporter de guerre à plein temps toute l’année, et que sur environ 100 reporters à France Inter, 2-3 se trouvaient sur le terrain. Lui-même réalise une dizaine de « reportages de guerre » par an tout en abordant d’autres sujets. En 25 ans, il est ainsi intervenu sur 16 sites pour couvrir des événements très divers, allant de l’Euro 2016 (France-Allemagne) à la chute de Ben Ali en Tunisie dans le contexte du « Printemps arabe » de 2011.
 Il a insisté notamment sur la question de l’insécurité et le rôle par conséquent fondamental des "fixeurs", c’est-à-dire des personnes qui peuvent faciliter le travail sur le terrain des reporters (traducteurs, guides...) en leur ouvrant les voies, leur permettant d’avoir d’accès aux groupes armés, etc. Il a également tenu à souligner l’accueil plutôt positif réservé aux journalistes dans la mesure où ils donnent la parole à des personnes qui peuvent témoigner de ce qu’elles vivent, faire connaître leur cause.
 
 D’un point de vue personnel, Philippe Randé estime que c’est « grisant » d’être « là où ça se passe », où se déroule l’Histoire et qu’il en est devenu même « accro ». Cette « impression de se retrouver dans un film » est pour lui addictive : entre un resto avec son amie et un reportage sur le terrain, il n’y a pas à hésiter !
 Il a d’ailleurs précisé que les reporters de guerre bénéficient d’un suivi psychologique à leur retour afin de se réadapter à la vie quotidienne et de surmonter une sorte de stress post-traumatique qu’ils sont susceptibles de subir. Cette mesure a été mise en place suite aux attentats contre Charlie Hebdo.
 Il a ajouté que cette « adrénaline » s’accompagne de beaucoup de pression puisqu’il doit compter avec près de 3 millions d’auditeurs. Mais selon lui, les contraintes du métier tiennent plus à la fatigue liée au décalage horaire et à la vie de couple et/ou de famille, dans la mesure où il faut être prêt à se rendre n’importe où, à n’importe quel moment, grâce à un système d’alerte. Il a cependant refusé de couvrir le virus Ebola en Afrique de l’Ouest : il avait jugé « trop flippant » d’attraper la maladie.
 Philippe Randé a rappelé, par ailleurs, qu’il n’y avait pas forcément besoin de faire Science-Po pour devenir journaliste. Lui-même a fait un IUT en communication et ne partait pas pour être journaliste mais il souhaitait voyager autour du Monde. C’est sa passion pour le football et en particulier pour l’OM qui l’a rapproché de son métier actuel en choisissant une option journalisme à Marseille ! Reporter de renommée, il gagne entre 3 500 à 4 000 euros net auxquels s’ajoute une prime de risque (100 € par jour).
 Il s’est étendu, en outre, sur les qualités requises pour être journaliste : ne pas être timide, être débrouillard, savoir s’exprimer en anglais et surtout aimer les êtres humains, s’y intéresser, avoir envie de les observer, les écouter, et comprendre ce qu’ils font. Il réfute l’idée d’une réelle objectivité en expliquant que la sensibilité du reporter influe sur sa façon de présenter les faits ou de s’adresser aux personnes, mais qu’il est indispensable de savoir prendre du recul malgré tout.
 
 Quand un élève lui a demandé quels événements il aurait aimé couvrir, Philippe Randé a conclu son intervention en disant qu’il aurait aimé couvrir l’élection d’Obama à Chicago ou le cortège des bikers qui ont accompagné le cercueil de Johnny Hallyday sur les Champs-Élysées, voire l’assassinat de Kennedy s’il avait la possibilité de remonter le temps !
  A défaut, peut-être, de susciter des vocations, Philippe Randé a su faire partager aux élèves sa passion pour son métier, par son enthousiasme et sa spontanéité, tout en les sensibilisant à l’importance de la liberté de la presse.